Le présidial de La Rochelle au XVIIIe siècle. Un corps entre tradition et vanités

Arnaud Jaulin

Créés en 1552 pour diminuer le délai des procès et l’influence des parlements, les présidiaux, au centre d’une organisation judiciaire complexe, contribuent au renforcement de la justice du roi. Outre la création de nouvelles charges, expédient financier pour la monarchie, leur institution participe à un objectif religieux, particulièrement vérifié à La Rochelle. Car les officiers présidiaux sont des officiers royaux, entre pouvoir central et autorités locales. Relativement méconnu ou oublié, le présidial occupe pourtant une place première dans le paysage judiciaire et politique rochelais sous l’Ancien Régime tant il faut redire la place du roi dans cette petite République commerçante et huguenote, par trop indépendante, plus tard dominée économiquement par ceux du négoce.

Le présidial de La Rochelle est la représentation affirmée du pouvoir royal. Présenter l’état d’un corps présidial de province au XVIIIe siècle permet de rappeler combien les lieux de l’exercice de la justice sont sensibles et à quel point le personnel judiciaire y est diversifié et hiérarchisé. Tiraillée par le problème de son appartenance religieuse, la compagnie voit sa religion définitivement conditionnée par le siège de 1627, obligée à une catholicité non dissimulée. Au-delà de l’exercice ordinaire de la justice, qui consiste à apporter la solution aux conflits civils et criminels, le présidial est source de droit, notamment via des pouvoirs administratifs et de police. Il est un organe royal de régulation sociale d’ailleurs très impliqué dans la lutte contre les protestants et l’encadrement des activités de la ville.

Mais le présidial rochelais est aussi un corps politique et social, désireux d’autonomie, se structurant à la manière d’une oligarchie parlementaire de province. Omniprésent dans la société rochelaise bien que victime de démembrements, le présidial occupe une place centrale par rapport aux autres juridictions. Il entre facilement en lutte contre les multiples corps en concurrence et adopte des rapports ambigus avec le corps de ville qu’il convoite. Jaloux de son autorité, il se fait conquérant avec les autres pouvoirs d’autant qu’il est fragilisé par les réformes judiciaires. Au cœur de la crise de la justice, le présidial, campé sur une fortune fondée sur la terre et des stratégies d’alliance abouties, tente néanmoins d’adopter le mode de vie des grands robins. Au-delà de la notabilité, les officiers cherchent à s’élever dans la hiérarchie sociale, notamment vers la noblesse. En témoignent les signes extérieurs de l’appartenance au présidial avec un goût certain pour l’apparat, qui confirme aussi une forme de crédit. La compagnie développe une sociabilité audacieuse, très investie dans la vie intellectuelle et philanthropique de la cité.

Demeurée juridiction moyenne, elle est, au XVIIIe siècle, une élite qui imprègne un territoire, un corps pétri de tradition et saisi de tentations, l’émergence d’un « quatrième Etat » coincé entre ses capacités et ses idéaux. Une juridiction, figure d’intermédiaire, dont le problème est donc bien d’être ni inférieure et pas encore souveraine.

Recherche

Menu principal

Haut de page